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J'ai de fougueux chevaux sur mes Himalayas Cuivrés d'ambres manteaux, de sabots magentas Ils sont suivis d'oiseaux plumés d'ailes fuchsia Qui survolent ces troupeaux cavalant vers le bas
Ils galopent et dévalent des montagnes sacrées En traçant sur le val des lignes endiablées Et la terre rougie par le feu de leurs pieds S'ennoblit d'une braise et se laisse tatouer
Je les entends de loin hennir et galoper Ces croupes et ces crinières, ces courageux guerriers Et la force qui jaillit de ces tarpans cambrés Réveille d'un volcan le magma orangé
Depuis un brouillard bleu naissant de la fumée Instillée par le feu de ces larves coulées J'aperçois une reine apparaître d'emblée Et imposer son règne sur la puissante armée
Et les métaux liquides par le volcan crachés Se cristallisent au sol en créant un sentier Que les fiers chevaux devenus timoniers Ouvrent à la reine nouvellement couronnée
Tissé de mille faisceaux d'une lumière dorée Auxquels des joyaux sont finement brodés Son manteau appartient aux somptueuses lignées Des mages musiciens longtemps ensorcelés
Et j'entends des crapauds, de la reine les alliés Entonner l'adagio d'une musique ailée Et des cuivres résonner en verticalité Rappelant les dragons et leurs nombreux archers
Puis je vois d'immenses portes de bronze coulées S'ouvrir dans le ciel et les laisser passer Et mille étincelles de couleur pourprée Entourer leurs grandes ailes et leur peau écaillée
Ils voyagent sur des fils qui dansent et tournoient Et descendent jusqu'à celle qui accepte et reçoit Le pouvoir virtuel et l'imposante loi De l'être créateur qui se sait sept fois
Les chevaux, les crapauds, les oiseaux, les archers Et les dragons aux pieds de la reine dressée S'illuminent soudainement du baiser déposé Par le souffle puissant de la Liberté
Souffle créateur qui vente sans frontières Sur des myriades de mondes, de temples et de rivières Et qui rend à l'humain sa vouge batelière Et son pouvoir démiurge, rouge et visionnaire
Sont venues alors les fées de la musique Danser avec ce vent sur une lyre magique En peignant gracieusement de leurs corps euphoriques Sur les cordes, les fresques de mondes oniriques Subtilement, Dame-Conscience s'est insinuée En se laissant glisser comme une pluie pailletée D'or, de violet, de verts soleil d'été Et d'une huile sacrée a oint la majesté
Et ce cortège noble lentement a dévalé Ces hautes montagnes transformées en vallées Et j'ai vu des chutes d'eau apaiser aux rochers D'immenses troupeaux d'antilopes assoiffées
Et se joindre à la marche l'éléphant porteur d'âge Et d'une lourde mémoire comme un livre d'adages Il était monté par un sphinx nécrophage Savant chorégraphe de l'alchimie des mages
Au bas de la vallée coulait un large fleuve Que surplombait les murs d'une cité neuve Elle semblait une émeraude aux reflets citrins Dont la brillance fauve éclatait des jardins
Que des milliers de fleurs tapissaient de couleurs De parfums et d'odeurs, de plaisirs certains On pouvait distinguer même du lointain Leurs essences mixées à la terre en sueur
Et j'ai vu d'Arabie se mouvoir des danseuses Sur ces vastes tapis, elles bougeaient vaporeuses Et leur nombril nu, leurs poitrines plantureuses Exultaient la lie de leurs âmes jouisseuses
Et languissaient d'envie des mâles aventureux Qui se tenaient dressés, envoûtés, valeureux Par la grâce de leur jeu et le jet de leurs yeux Et le mouvement précieux de leur corps radieux
Et la cadence rythmée de petits tambourins Ajoutée à ces cloches qu'elles tenaient à la main Préparaient l'admirable passage souverain Qu'on apercevait venir du lointain
La reine et ses arrois se tenaient déjà Au milieu d'un pont large et tout fait de bois Qui unissait les rivages par une unique voie Empruntée par les âges qu'une seule fois
Aux portes de la cité que gardaient deux cerbères On ne laissait rentrer que des âmes fières Des artistes troubadours aux allures altières Des peintres, des danseurs et des mousquetaires
Ainsi, on acclamait la venue de la reine Et celle qu'on attendait s'imposait sans peine Digne souveraine créatrice qu'elle était Alchimique détentrice de l'arcane secret
D'une coupe d'archal qu'elle tenait à la main Dans lequel reflétait un liquide cristallin Elle fit jaillir d'un geste prompt et soudain De vaporeuses sylphides et un grossier lutin
Et ces fées des nuages déployèrent de grands voiles Qui dansaient dans le ciel en aurore boréales En dessous desquels dormait une vestale Que le lutin fidèle viellait comme un vassal
Dans un lit de muguet depuis peu s'éveillait Cette nymphe de l'oracle dont on prétendait Que le précieux pentacle que son sexe nichait Était source de miracles et fabuleux excès
La reine et ses sujets furent ensuite conviés A se joindre au banquet qu'on leur avait dressé Sur le vaste parquet où se trouvait d'emblée Licornes et farfadets en valets de corvée
"Que le vin de Bacchus coule abondamment! Et le lait de Vénus ruisselle puissamment! Que ce qui est vétuste, triste et ennuyant Soit à jamais banni de nos mondes flamboyants!
Plus aucune victime de l'ennui en bastion Plus de manque d'estime, de fatale aversion Simplement le sublime et l'imagination A la porte des cimes et des hautes visions!
Le retour d'Avalon, le navire de Jason Les fiers Argonautes et la riche Toison La beauté d'Apollon, les affres de Pluton Tous les mythes rassemblés au septentrion
Près d'un arbre gigantesque, ils danseront Et créeront des fresques et des constellations De folles arabesques, des soleils, des passions Et sur des airs mauresques, un millier de chansons"
C'est sur ce discours que la reine a ouvert Les soupapes et les valves de tout un univers Où se mirent à vibrer en de multiples sphères Les fables et les nations, libres et sans frontières
Et aux pieds de la reine, l'immense voie lactée S'ouvrit devant elle comme un passage doré Où des nuées de jazz puissamment orchestrées Lui offrirent un à un tous les talents d'Orphée
Ainsi devant moi s'étalait ce tableau Comme première esquisse et pâle introduction À une incommensurable et vaste production Sur laquelle plus jamais ne tomberait un rideau
Et j'ai su que le temps avait basculé Et que giclait en moi l'ampleur des vérités Que ce qui m'était aujourd'hui révélé Dessinait le passage à ma souveraineté
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