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Shamane

Me recevrez-vous?

Oui, si encore jeune et belle vous me tendez la main
C’est d’être pucelle qui vous rend insistant
Mais quand le temps comme un vilain larcin
Aura fait son butin de ma peau et mes dents

M’aimerez-vous autant ou dans un plus jeune lit
Irez-vous de plein gré assouvir vos envies?
Quelle est cette ancre de l’âge qui nous rend si commun
Étayant au passage sa poussière d’embrun?

Me recevrez-vous encore quand je serai démunie
Que les ruines de mon corps auront déjà terni
Sa luisante façade d’or et auront dégarni
De tous mes faux trésors, les plus précieux outils

Voyez-vous que je suis au-delà du paraître?
Sentez-vous mon feu soudainement apparaître
Et instiller mes yeux d’un éclat souterrain
Qui épouse les dieux et leurs mondes incertains?

Savez-vous que je porte des abîmes sans fins
Ou pullulent une cohorte de loups et de marins
Qu’à la lune bien ronde ces mondes utérins
Font siffler des serpents au meurtrier venin?

Que savez-vous des ténèbres qui me hantent?
Aurez-vous les vertèbres suffisamment puissantes
Pour affronter de concert, mes sirènes qui chantent
Et leur bouches de vipères pourtant si attrayantes?

Voyez-vous mon ami, plus je marche dans la vie
Plus je sais aussi que vos tendres envies
Ne sauraient supporter si criante vérité
Et vous mourriez d’horreur devant l’intimité

Sauriez-vous assumer la responsabilité
De plonger dans ma nuit et oser confronter
Les monstres qui parmi d’obscures nuées
De rouges fourmis et de noires araignées

Vagissent et pétrissent dans la boue, le fumier
Comme des forgerons le métal liquéfié
D’ou jaillira l’or de mon éternité
Tous mes potentiels, actualisés

Et c’est dans ces ténèbres que je trouve ma lumière
Des aveux bien funèbres pour votre caractère
Mais quand on sait l’algèbre de l’alchimique chair
On traverse le célèbre passage aux enfers

Parce qu’il est la seule voie qui ouvre l’horizon
Vers une totale et pleine réalisation
Et c’est dans les fondements et la putréfaction
Que germent tous les vents de la création

Oh! Comme je vous vois maintenant qui fuyez
Partez, encore une fois osez vous éloigner
A une autre dame exhibez vos élans
Vous ne sauriez que faire de mes aveux troublants

Oui, je suis une sorcière et je porte l’épée
En terrible guerrière j’affronte l’épopée
De la fin d’une ère où il faut assumer
Le cortège de l’ombre pour le confronter

Osez réveiller les dragons qui sommeillent
Dans les sombres donjons de vos caves nocturnes
Allez boire à la source qui au fond ruisselle
De sa bénédiction, remplissez-en vos urnes

Reconnaissez votre être, assumez votre présence
S’ouvrir à la conscience exige la démence
De porter tout le poids, toute la puissance
Et le potentiel d’un dieu en émergence

Mais il naît dans la boue, le chaos et l’informe
Pour se tenir debout et prendre forme
Il lui faut avant tout oser s’initier
A la noire densité de son obscurité
 

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© Copyrights : M. J. C. Le roux  Tous droits réservés.          mise à jour : 4 juin 2010

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