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La nuit est de loin ma plus intime partenaire Et d’instinct me destine à l’extase, au mystère Elle s’habille de frime pour garder son repère A l’abri légitime des sots et des vipères
Alors que ses victimes s’usent dans l’adultère La débauche maritime d’une blonde bière Ou le voyage ultime d’un opium amer Moi j’explore ses abîmes depuis ma garçonnière
Et elle me transperce de sa brume, son éther Sans cesse elle me teste, elle nargue mes frontières Et même si je proteste à ses ruses, ses manières Elle tangue et me moleste pour que je coopère
Et la nuit fait de moi sa fidèle locataire Tous les deux sous les toits on pend la crémaillère Elle m’invite chaque fois à jeter mes oeillères Et transgresser les lois de l’humaine chair
Ainsi devant moi cette agile sorcière Dans l’ombre, par surcroît, m’offre sa lumière En prenant l’apparat et l’allure princière D’un jeune émirat devant sa prisonnière
Elle avance vers moi, la démarche est altière, Ouvre grand les bras et m’offre sept pierres Puis elle lève le doigt et me montre dans l’éther Un point de pure brillance semblable à un aster
Et soudain me voilà, par un étrange mystère Transportée dans un espace imaginaire Ou je deviens ma foi, plus qu’une guerrière Une amazone libérée des entrailles de la terre
Et devant moi je vois le bras d’une oiselière M’offrir en présent une orange épervière De plein gré, je le prend, cet oiseau téméraire Qui me donne l’élan de franchir la matière
Et voler dans l’éclat d’une splendeur passagère Très haut dans les cimes et la stratosphère Jusqu’aux rivages ultimes où se trouve l’estuaire De rarissimes royaumes fougueux et légendaires
Et je touche l’au-delà par l’accès d’un geyser Qui me projette soudain sur une autre sphère Où des flambeaux brillent à chaque hémisphère D’ou jaillissent en torrent de puissantes rivières
Et je vois briller l’or et la pluie de poussière D’un soleil étincelant dont me voilà joaillière Et sur un trône d’argent une dame batelière M’offre une rose, une lyre, un bâton de lumière
Des présents, me dit-elle, depuis sa haute chaire Que tu reçois maintenant mais qui t’attendaient hier Et près d’elle, elle consulte un grand livre ouvert Qui résume mes acquis, mes passages dans les ères
“Parfume ton âme de la fleur première Sache que l’amalgame de l’ombre et la lumière Permet à ta conscience créatrice nourricière De diffuser ses essences sur l’alchimique terre Moi je vis dans un temple et je suis l’héritière De l’oeil qui contemple le passage des ères Aujourd’hui je deviens l’humble messagère Qui t’insuffle le vent du verseur de lumière
Garde la proue altière sur les plus hautes mers Et use de mes présents, moi qui chéris la terre Et ne peux que par toi rejoindre son hémisphère Toi qui me sers de pont entre nos univers”
Et sans un mot de plus je vois ma partenaire Disparaître à ma vue, à moi se soustraire Puis je pense en rêvant, glissant dans ma guêpière Les précieux instruments que m’a fait la douanière
Que je serai la guerrière la plus ardente et fière De ces cadeaux des dieux, l’humble trésorière Quand soudain deux grands yeux rabattent leurs paupières Et m’annoncent le levant qui étale sa bannière
Et je reviens à temps saluer ma sourcière Ma fidèle nuit, ma complice solidaire Qui partage sa folie, son verbe visionnaire Avec moi sous les toits, tout près des réverbères
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