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Il est tard dans la nuit, quelque part près d'ici Beethoven écrit sur un papier jauni La flamme d'une chandelle consume une cire d'abeille Et parfume un lieu clos semblable à un tombeau
Accoudé au piano, la voûte de son dos Exhibe des souffrances dont il cache l'importance Il porte un mal sot, pour lui le pire des maux Un violent escroc, un voleur d'idéaux
Comment peut-il, lui, le maestro Prétendre de sa musique et s'asseoir au piano S'il n’a plus d'acoustique au fond de son oreille Plus aucune harmonique résonnant au réveil?
Comment peut-il, lui, l'être humain Exprimer sa fébrile quête du divin S'il n'y a plus d'écoute pour comprendre les siens S'il n'y a que le doute qui vacille sur ses mains?
Pourquoi doit-il se battre contre son destin? Lui qui croyait sa route parfumée de jasmin Celle, sans nul doute où l'oeuvre d'un musicien Est le précieux levain qu’on ajoute à son pain
Et sa tendre bien-aimée dormirait près de lui S'il n'avait pas été affligé de dépit Quand s'est imposée la perte de son ouïe Quand la fatalité a craché sur sa vie
Ah! Lourde condition que son humanité Sa sourde audition et sa pauvreté! Avec quelle prétention peut-il amalgamer Dans l’humain, le divin et la liberté?
Traduire, et comment toutes ses hautes visions Ce pouvoir qu’il sent jaillir dans les sons ? Cet appel si puissant que nuance sa douleur Et ses notes sont de sang, de chair et de sueur
Et malgré ces tourments qui l'accablent et le leurrent Malgré ce mal dément qui lui fait déshonneur Malgré l’incompréhension de sa génération A l’égard de ses oeuvres et ses compositions
Sans compromis s’imposer créateur Et d’une symphonie esquisser son bonheur Il est tard dans la nuit quelque part près de moi Beethoven écrit son hymne à la joie
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