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On vit sans plus savoir si demain on sera deux On ne peut même plus croire qu’on sera vraiment heureux On sait que nos miroirs un matin douloureux Se briseront et la gloire partira avec eux
On sait bien qu’un jour quand le gris sera trop gris On aura le coeur lourd de notre prison à vie On aura l’impression que l’autre garde pour lui Tout le bon et nous crache que ce qui est petit
Et on dressera une à une les frontières Des murs en bouclier et des taxes douanières Pour s’assurer que l’autre jamais ne franchira Notre part d’abîme que toujours on cachera
Et on s’inventera que l’on ne comprend pas Pourquoi dans nos ébats, il n’y a plus d’émois Pourquoi celui qu’on aime a mauvais caractère Et pourquoi tant de haine au sujet d’une cuillère
On vit sans plus savoir si demain on sera deux On ne peut même plus croire qu’on sera vraiment heureux On sait que nos miroirs un matin douloureux Se briseront et la gloire partira avec eux
Et tous les papiers du monde ne sauraient assurer La tendresse profonde qu’il nous faut pour aimer Et l’audace d’affronter toutes les noires marées Qui se dressent à la ronde des amants déchirés
Et surtout toute la rage de sa liberté Qui rugit dans la cage quand elle est capturée Et elle est si sauvage qu’elle aura bien creusé Un subtil passage vers une fuite effrontée
Il nous faut être brave pour l’apprivoiser Un énorme courage et de l’humilité Pour défier le naufrage qu’imposent les années Aux amants que l’orage aura maltraités
On vit sans plus savoir si demain on sera deux On ne peut même plus croire qu’on sera vraiment heureux On sait que nos miroirs un matin douloureux Se briseront et la gloire partira avec eux
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